🏳️🌈 2025 : Paradoxe de la Visibilité
- 4 janv.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 6 jours
2026 démarre sur un constat sans détour. Notre revue de presse — allégée pendant la trêve — l’a montré semaine après semaine depuis un an : les droits LGBT+ progressent sur le papier, mais reculent dans le rapport de force. De Washington à Moscou, de Budapest à d’autres capitales, les personnes LGBT+ sont devenues un terrain d’expérimentation d’une dynamique illibérale : tester jusqu’où l’on peut restreindre, stigmatiser, censurer, sans déclencher de sursaut démocratique.
Les avancées juridiques existent. Mais la séquence politique mondiale a fait de l’égalité une cible politiquement rentable. On voit se déployer des méthodes : lois dites de “propagande”, censure éducative, pression sur les organisations, assèchement des financements, pénalisation de la visibilité queer, attaque méthodique visant les personnes trans. Ce n’est pas une série de réactions : c’est une stratégie bien orchestrée.
Les États-Unis comme l’Europe se retrouvent exposés. Rétrécissement du droit, recul des politiques de diversité, banalisation de la transphobie, fragilisation de pays longtemps perçus comme des repères. Les sociétés demeurent souvent plus inclusives que leurs dirigeants, mais l’épuisement gagne — et le rainbow-washing ne trompe plus personne : des symboles ne remplacent ni des garanties, ni des institutions.
Ironie du calendrier, Pigments Project a été lancé le 20 janvier, jour de l’intronisation de Donald Trump. Comme si l’époque donnait le ton : l’égalité n’est pas un acquis, elle se défend. Et ce qui se joue dépasse largement nos communautés : quand l’égalité recule, ce sont aussi les libertés publiques qui se contractent — associations, médias, contre-pouvoirs.
Un contre-récit s’impose pourtant dans la culture populaire en fin d’année. Dans la saison finale de Stranger Things, le coming out de Will est écrit comme un basculement : en cessant d’avoir un secret “utilisable” contre lui, il se rend moins vulnérable au mal. Les frères Duffer l’affirment (Los Angeles Times) : Vecna ne frappe que là où la honte et le doute restent actifs. L’authenticité n’est plus seulement un récit intime ; elle devient une force politique.
2026 sera-t-elle une année de vérité ? Les droits LGBT+ ne sont plus un sujet “sociétal” parmi d’autres : ils mesurent la solidité démocratique.
Pigments Project existe pour transformer ce diagnostic en protections, en preuves et en réformes concrètes en France. Pas pour commenter l’époque, mais pour l’obliger à tenir ses promesses.
☕️ bon dimanche.
Albin Serviant
Revue de presse
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📌 2025 year in review
L'année 2025 a confirmé une offensive globale contre les droits LGBT+. Selon ILGA World,(19/12/2025), l'homosexualité reste illégale dans 64 pays et passible de la peine de mort dans 12 États. Les reculs législatifs se multiplient : le Burkina Faso criminalise l'homosexualité, Trinité-et-Tobago rétablit l'interdiction, l'Argentine modifie sa loi d'identité de genre, tandis que la Hongrie bannit les Prides.
Les violences explosent : 4 800 infractions recensées en France en un an, un meurtre tous les deux jours en Colombie (RTS – Géopolitis, 6/12/2025). Le rapport Ipsos LGBT+ Pride 2025 révèle un essoufflement du soutien public, avec une chute du soutien à la visibilité LGBT dans les médias, passé de 36% en 2021 à 29% en 2025.
Fabrice Houdart (newsletter, 29/12/2025) dresse un constat sévère : malgré des symboles forts, le pouvoir réel reste dérisoire avec seulement 2% des élus au Congrès américain et 1% des membres des conseils du Fortune 500 issus de la communauté LGBT+. Les entreprises se désengagent de la DEI, les États reculent, appelant à "dépasser la honte" et "reconstruire un leadership autonome".
Face à cette offensive, la résistance s'organise. La Pride de Budapest devient la plus grande contestation du régime Orbán (têtu·, 26/12/2025). 100 000 personnes défilent à la London Trans+ Pride, tandis que Pete Buttigieg (Voeux 30/12/2025) souligne les manifestations de millions de citoyens et les succès électoraux démocrates, y compris dans le Sud américain.
Lambda Legal lève 285 millions de dollars (Attitude, 24/12/2025), et le mandat ONU SOGI est renouvelé grâce à 1 259 ONG de 157 États (ILGA World).
Malgré les reculs, des victoires jalonnent l'année : mariage pour tous en Thaïlande et au Liechtenstein, dépénalisation à Sainte-Lucie, adoption de normes intersexes au Conseil de l'Europe. Côté culture, têtu· salue un "raz-de-marée lesbien" au cinéma et en littérature, couronné par le Prix Gouincourt, et Jonathan Bailey confirme qu'on peut être "gay et bankable à Hollywood".
Même le roi Charles III (message de Noël, Reuters, 25/12/2025) défend "l'unité dans la diversité", valorisant pluralisme et dignité dans une vision proche des principes DEI.
têtu· (31/12/2025) trace une feuille de route offensive pour 2026 : adoption en deuxième lecture de la loi reconnaissant la persécution des homosexuels (1942-1982) avec réparation financière, désobéissance municipale annoncée pour faciliter le changement d'état civil trans, et espoir majeur avec la PrEP injectable, disponible dès 2027 dans 120 pays à moins de 40€.
Au final, quatre tendances qui bousculent les certitudes
Le grand retrait corporatif marque une rupture brutale. Sous pression politique, 90% des entreprises du S&P 500 ont réduit leurs politiques DEI, tandis que 39% ont diminué leur soutien aux Fiertés. Meta, Amazon, Walmart et McDonald's ont abandonné leurs engagements dès l'élection de Trump. L'ère du "gold rush" DEI, où l'inclusion était un atout marketing, cède face au calcul stratégique et à la peur des représailles politiques.
Les droits trans deviennent le "canari dans la mine" de nos libertés. Au Texas, un projet criminalise l'identité transgenre ; au Royaume-Uni, la Cour suprême définit le sexe comme uniquement biologique ; aux États-Unis, Trump efface toute référence trans du monument de Stonewall. Ces attaques systématiques constituent, selon les observateurs, un "cheval de Troie" visant l'ensemble des droits humains.
Le vote gay à l'extrême droite bouleverse les alignements politiques : 30% des hommes homosexuels envisagent de voter Bardella (enquête ELLE), rompant avec l'histoire d'un Front National profondément homophobe. La menace perçue se serait déplacée vers l'islam radical pour ces électeurs. Selon The Daily Caller, une partie de l’électorat LGBT en France, Allemagne et Espagne délaisse la gauche, accusée de laxisme migratoire, au profit de partis nationalistes. En Allemagne, un sondage sur l’app Romeo en ligne (60 000+ répondants) place l’AfD en tête à ~28%, devant les Verts (~20%) et le SPD (12,5%). En France, le RN compterait 20–25 députés ouvertement gays (sur 89). En Espagne, des influenceurs “Las Marifachas” rapprochent Vox et LGBT (The Daily Caller, 31 décembre 2025)
L'exil queer se réorganise : l'Argentine accueille 1 800 demandeurs d'asile russes LGBT+, les Pays-Bas voient affluer des Américains fuyant les politiques discriminatoires, tandis qu'en France émergent des projets collectifs ruraux.
Ces reconfigurations dessinent un paysage fragmenté où la résilience communautaire s'invente face à des acquis révélés fragiles.
Comme le résume Attitude : "l'effacement n'a pas gagné".
🌏 Sélection du 4 Janvier
Pride en sourdine : le grand retrait des entreprises
Selon une enquête du Guardian, les grandes entreprises britanniques et américaines ont massivement réduit leur visibilité publique autour de la Pride. Entre 2023 et 2025, les mentions de la Pride sur les réseaux sociaux chutent de 92 % au Royaume-Uni et de 54 % aux États-Unis. Ce recul coïncide avec le démantèlement des politiques DEI impulsé par l’administration Trump. Résultat : un signal brouillé envoyé aux personnes LGBT+, dans un contexte de hostilité croissante et de coupes budgétaires ciblant les réseaux internes LGBTQ+.
🔗 The Guardian, 22 décembre 2025
DEI sous pression fédérale, LGBT+ en première ligne
En 2026, l’État fédéral durcit le ton contre la DEI. À l’EEOC, Andrea Lucas annonce des enquêtes visant toute pratique tenant compte de la race ou du sexe, y compris groupes internes LGBT+, réseaux d’employés et politiques inclusives. Parallèlement, le DOJ brandit le False Claims Act : des “civil investigative demands” viseraient Google et Verizon, avec risques de dommages triplés, pénalités et actions de lanceurs d’alerte. En 2024, près de 3 Md$ ont été recouvrés—effet glaçant garanti pour les avancées.
Californie : rempart LGBT+ face au backlash fédéral
En 2025, la Californie s’affirme comme un bastion DEI face à l’offensive conservatrice fédérale. Des organisations LGBT+ ont officiellement appelé les hôpitaux à maintenir les soins d’affirmation de genre pour les mineur·es trans, malgré les menaces de coupes budgétaires de l’administration Trump. Elles rappellent que le droit californien protège explicitement l’accès aux soins et interdit toute discrimination. Dans un climat national hostile, l’État choisit la loi, la science et l’inclusion plutôt que la peur.
🔗 POLITICO, 19 décembre 2025
Réseaux sociaux : protéger les jeunes, sans effacer les minorités
En décembre 2025, l’Australie s’apprête à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, invoquant des risques accrus d’anxiété, dépression et idées suicidaires. Le débat mondial oppose protection de la santé mentale et liberté d’expression. Point clé pour la DEI : les plateformes peuvent aussi être vitales pour des jeunes LGBT+ isolés, offrant soutien et communauté. Le défi est clair : réguler sans exclure, protéger sans invisibiliser. L’équilibre reste fragile — et politique.
🔗 The Wall Street Journal, 7 décembre 2025
UE–Ukraine : aide massive, débat toxique
Le 19 décembre 2025, l’Union européenne a validé un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, faute d’accord sur l’utilisation des 210 milliards d’avoirs russes gelés. Vital pour éviter un effondrement en 2026, le plan révèle de fortes fractures politiques. Fait marquant : Vladimir Poutine instrumentalise les droits LGBT pour dénoncer les sanctions, liant finance, souveraineté et reculs DEI. Un rappel brutal que les droits humains restent une monnaie politique.
🔗 Financial Times, 19 décembre 2025
Données LGBT+ : plainte contre Société générale
Le 29 décembre, Stop Homophobie et Mousse déposent plainte pour « collecte illicite de données sensibles ». Un questionnaire de recrutement international demande genre, appartenance LGBTQ+, origine ethnique et opinions politiques. Les associations jugent ces questions sans lien avec l’emploi et craignent qu’un refus nuise aux candidats. Elles réclament transparence (finalité, destinataires, durée) et vérifications (période, nombre, pays, métiers). La banque affirme anonymiser ces données, non consultables par recruteurs ni managers, à l’embauche.
🔗 Le Monde, 29 décembre 2025
Les Etats Unis toujours en tête de pont …
Boycott et recul LGBT+ au “Trump-Kennedy Center”
Rebaptisé mi-décembre, le Kennedy Center voit des artistes annuler (The Cookers, Kristy Lee, Doug Varone), invoquant l’intégrité. La nouvelle direction supprime drag shows, Pride et événements LGBT+, coupant net l’affichage DEI. Chiffres parlants : du 3 septembre au 19 octobre, 43% des sièges restent vides (7% en 2024) et les Kennedy Center Honors 2025 chutent à ~2,65 M de téléspectateurs (-35%). Grenell menace d’exiger 1 M$ et revendique ce retrait comme un “boycott”.
🔗 Actu Orange, Advocate.com, 30 décembre 2025
Jeunesses républicaines : la banalisation de l’homophobie
Une enquête de POLITICO révèle comment des messages homophobes, antisémites et racistes échangés en 2022 par les Young Republicans du Dakota du Nord ont eu peu de conséquences durables. Malgré les scandales, certains auteurs occupent aujourd’hui des postes politiques. L’épisode illustre l’échec du Parti républicain à contenir l’extrémisme de sa base jeune, où l’hostilité envers les personnes LGBT+ est banalisée et protégée au nom de la « liberté d’expression ». Un sérieux recul des principes DEI.
🔗 POLITICO, 22 décembre 2025
Nationalisme chrétien : le virage assumé de J. D. Vance
À Phoenix, J. D. Vance s’impose comme l’héritier de Donald Trump en structurant idéologiquement le mouvement MAGA autour du nationalisme chrétien. Devant des milliers de militants de Turning Point USA, il revendique le christianisme comme socle moral de l’Amérique et banalise un discours identitaire (« ne plus s’excuser d’être blanc »). Soutenu par un réseau de plus de 140 000 nouveaux adhérents, il ignore les enjeux LGBT et DEI, perçus comme des combats secondaires, voire adverses. La ligne est claire, clivante… et électoralement risquée.
🔗 Le Monde, 22 décembre 2025
Assurance fédérale: plainte contre l’interdiction des soins trans
Des employé·es fédéraux et de l’USPS saisissent l’EEOC via Human Rights Campaign contre la fin, au 1er janvier 2026, de la couverture des soins d’affirmation de genre décidée par l’OPM (annoncée en août). Ils dénoncent une discrimination fondée sur le sexe visant à écarter les personnes trans et leurs familles. Quatre témoignages sont joints, dont une adolescente privée de bloqueurs de puberté. L’administration pousse aussi des restrictions Medicare/Medicaid, malgré l’AMA et l’AAP.
🔗 The Guardian, 01/01/2026
Poutine, la guerre et l’anti-LGBT comme ciment
Lors de son marathon médiatique du 19 décembre, Vladimir Poutine a martelé un message clair : la guerre en Ukraine continue « comme prévu » et la paix ne viendra qu’aux conditions russes. Pour souder l’opinion, le Kremlin instrumentalise les « valeurs traditionnelles », faisant de l’anti-LGBTQ+ un marqueur idéologique et géopolitique. Une stratégie classique : détourner l’attention des pertes humaines massives et d’une économie sous tension, au détriment des droits humains et de toute logique DEI.
🔗 POLITICO, 19 décembre 2025
À propos de l’auteur
Albin Serviant est le co-fondateur de The Pigments Project, think & do tank et fonds de dotation LGBTQ+ qui agit pour l’universalité des droits, l’égalité et les libertés publiques.
Contact presse : albin@pigments-project.org




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